Les perturbateurs endocriniens (qui ressemblent fréquemment à des hormones féminines) sont de plus en plus concentrées dans les grandes rivières du monde et le fleuve Saint-Laurent n’échappe pas à cette tendance. Ces substances causent des problèmes de croissance et reproductif importants chez plusieurs espèces animales et même chez les humains.
Les causes
Les perturbateurs endocriniens proviennent de l’agriculture, du secteur industriel, du secteur des pâtes et papiers ainsi que des égouts municipaux. On compte parmi leurs rangs des pesticides, les BPC, ainsi que les résidus d’anovulant excréter dans l’urine des femmes qui les prennent.
Ces composés chimiques imitent des hormones naturelles, leur permettant ainsi d’influencer le système endocrinien. Ce dernier est responsable de la communication entre les cellules. Entre autre, c’est lui qui déclenche le moment de la reproduction, ainsi que la croissance et le développement des foetus. Des changements minimes sur le système endocrinien peut avoir des conséquences néfastes sur un organisme adultes ou sur sa progéniture.
Bien qu’on ne comprenne pas toutes les facettes des mécanismes en jeu, on peut dire que les perturbateurs endocriniens agissent de trois façons principales :
- Ils imitent parfaitement l’hormone naturelle, se lient au récepteur de l’hormone et induisent une réponse similaire à l’hormone. Cependant, cette réponse n’est pas nécessairement intervenue au bon moment ou chez le bon type d’individu.
- Ils peuvent se lier au récepteur mais ne pas déclencher de réponse. L’hormone naturelle ne peut se lier au récepteur déjà occupé et la réponse ne se fait jamais voir.
- Ils peuvent gêner le mécanisme de création et de contrôle des hormones naturelles.
Impact sur les animaux
L’impact des perturbateurs endocriniens varie selon l’endroit où la population se trouve dans le fleuve. Les poissons les plus affectés se retrouvent généralement plus près des évacuateurs d’eau usées, tel que celui à l’est de l’île de Montréal, ou d’effluents industriels.
Les effets varient aussi selon les espèces et ils incluent :
- Maturation ralentie des œufs (Les œufs ne sont alors pas assez matures lorsque les mâles sont prêts à les féconder) ;
- Production diminuée de spermatozoide ;
- Vitesse et longévité diminuée des spermatozoide ;
- Apparition d'organes sexuels féminins dans les organes reproducteurs mâle (un phénomène appelé intersexe, par exemple on peut voir au microscope la présence de tissu ovarien dans les testicules des mâles) ;
- Immaturité sexuelle généralisée chez les jeunes d’une même année (dans certains secteurs, tous les poissons qui naissent ne développent pas de système reproducteur mature) ;
- Production de vitellogénine chez les mâles (la vitellogénine est une protéine qui amorce la formation du jaune des œufs. Elle ne devrait pas être présente chez les mâles.) ;
- Difformités et mortalité de l’embryon chez les oiseaux et les poissons ;
- Reproduction anormale chez les escargots ;
- Diminution du fonctionnement de la glande thyroïde et du système immunitaire chez les oiseaux piscivores.
Les perturbateurs endocriniens augmente le risque d'extinction des populations qui leurs sont exposées. En effet, en rendant leur reproduction difficile, les populations diminuent. Ceci est d’autant plus dramatique que les petites populations et les populations où la croissance est lente sont plus vulnérables aux autres stress environnementaux, tel que la dégradation des habitats, les changements climatiques ou l’exploitation (chasse et pêche).
Montréal
Une bonne partie du problème en aval de Montréal est imputable au fait que de plus en plus de femmes utilisent des contraceptifs oraux. Bien que très utile, ce médicament n’est pas complètement absorbé par le corps humain, et une bonne partie des hormones qu’il contient passe directement dans l’urine et donc dans le réseau d’égout. Malheureusement, les bactéries utilisées pour la désinfection des eaux usées sont lentes à décomposer ces substances synthétiques. Elles se retrouvent donc directement dans le fleuve où elles interfèrent avec le système reproducteur des animaux y vivant.
Sources :
Substances perturbatrices des
systèmes endocriniens
présentes dans
l’environnement - Environnement Canada
Consequences of Xenoestrogen Exposure on Male Reproductive Function in Spottail Shiners (Notropis hudsonius)" par Jayaprakash Aravindakshan, Valérie Paquet, Mary Gregory, Julie Dufresne, Michel Fournier, David J. Marcogliese, and Daniel G. Cyr, publié dans la revue Toxicological Sciences, 2004, vol 78, p. 156-165.
Initiative de recherche sur les substances toxiques - Environnement Canada
Mutations sexuelles chez les poissons du Saint-Laurent - Louis-Gilles Francoeur - Le Devoir
Crédits photographiques :
stock.xchng
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